Die "Gonzebat" von Hauptwil

Ce succès est d'autant plus remarquable que cet unique produit manufacturé jouissant encore des privilèges suisses n'était plus guère suisse que de nom. L'industrie linière de Saint-Gall, figée dans sa réglementation corporative, était en pleine décadence à la fin du XVIIe siècle, concurrencée par les industries locales plus libres des petites villes de Thurgovie, d'Appenzell et des régions voisines; l'une des familles commerçantes les plus considérables de la ville, les Gonzenbach, avait même quitté Saint-Gall, en 1655, et renoncé à sa bourgeoisie pour aller fabriquer à Hauptwil, en Thurgovie, dont elle avait acheté la seigneurie. Pour les qualités plus légères et moins coûteuses, c'étaient les « basses toiles » d'Allemagne du Sud et de Silésie qui fournissaient dès avant 1700 la masse des exportations saint-galloises. Aussi bien la chancellerie de Saint-Gall se contentait-elle, dans les attestations d'origine exigées par les autorités françaises depuis le début de la guerre de la Ligue d'Augsbourg, d'affirmer qu'il s'agissait de marchandises « apprêtées en Suisse », et même ce terme était souvent un euphémisme...

[Herbert Lüthy, La Banque Protestante en France - De la Révocation de l'Edit de Nantes à la Révolution, Paris 1959, Bd. 2, 581]